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La loi Lagleize en 2025 : pas en vigueur, mais toujours au centre du débat sur le foncier et le bâti

Anaëlle Guerlac 9 min de lecture

La loi Lagleize 2025 revient souvent dans les discussions sur l’immobilier parce qu’elle est parfois présentée comme une réforme déjà appliquée. En réalité, il faut distinguer une proposition de loi, un mécanisme de dissociation entre le terrain et le logement, et des dispositifs déjà existants comme le bail réel solidaire. Cette nuance change la lecture du sujet.

Le point à retenir est simple : la proposition Lagleize n’a pas supprimé la pleine propriété pour les particuliers. En revanche, elle a remis sur la table une idée précise, faire baisser le prix d’achat en séparant la valeur du foncier de celle du bâti, surtout dans les zones où le terrain pèse très lourd dans le prix final.

Ce que prévoit vraiment la proposition Lagleize

La proposition de loi dite Lagleize vient de Jean-Luc Lagleize, député à l’origine d’un rapport sur la maîtrise du coût du foncier. Son objectif est de faciliter l’accession à la propriété en agissant sur une composante souvent peu visible pour l’acheteur, le prix du terrain.

Proposition de loi pour réduire le coût du foncier et faciliter le logement | Consultez le texte officiel de cette proposition de loi visant à rendre le logement plus accessible en agissant sur le coût du foncier.

Séparer le terrain des murs

Le principe central est la dissociation du foncier et du bâti. Concrètement, un ménage pourrait acheter le logement, c’est-à-dire les murs, sans acheter le terrain sur lequel il est construit. Le terrain resterait détenu par une structure foncière, tandis que l’occupant paierait une redevance pour l’usage du sol.

Cette logique n’a pas pour but de fragiliser les habitants. Elle sert à retirer une partie du coût initial de l’achat immobilier. Dans les grandes villes et les zones tendues, le terrain représente parfois une part considérable du prix final. En sortant ce foncier du prix d’acquisition, le logement peut devenir plus accessible pour certains ménages.

Une idée inspirée de mécanismes déjà connus

La proposition Lagleize n’apparaît pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une évolution plus large du droit immobilier et de l’urbanisme, avec des outils comme les organismes fonciers solidaires et le bail réel solidaire. Ces mécanismes permettent déjà, sous conditions, de dissocier la propriété du logement de celle du terrain.

La différence importante est que la loi Lagleize était envisagée comme une extension ou une généralisation possible de cette logique, avec une place plus grande donnée aux collectivités et aux organismes fonciers pour maîtriser le coût du sol.

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Statut en 2025 : ce qui est adopté, ce qui ne l’est pas

C’est le point essentiel pour éviter les malentendus. La proposition de loi Lagleize a bien eu une existence parlementaire : elle a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 28 novembre 2019. Mais une adoption en première lecture ne suffit pas pour faire entrer un texte pleinement en vigueur.

Une première lecture ne vaut pas application générale

Pour qu’une réforme s’applique, un texte doit aller jusqu’à son adoption définitive, puis, lorsque c’est nécessaire, être complété par des textes réglementaires. Or, dans le cas de la proposition Lagleize, l’absence d’adoption définitive et de décret d’application empêche de parler d’une loi applicable à tous les propriétaires.

Des échanges parlementaires ont existé ensuite, notamment autour du 4 mars 2020, mais cela ne signifie pas qu’un nouveau régime obligatoire de propriété immobilière soit entré en vigueur. En 2025, l’expression “loi Lagleize” circule donc surtout comme un raccourci médiatique et immobilier que comme le nom d’une réforme générale déjà opérationnelle.

Pourquoi la confusion revient régulièrement

Le sujet est anxiogène parce qu’il touche à la propriété, un repère patrimonial fort. Dès qu’un texte évoque la possibilité de ne plus acheter le terrain avec le logement, certains y voient une remise en cause brutale du droit de propriété. Cette interprétation est excessive : les dispositifs de dissociation reposent sur des contrats, des conditions et des cadres spécifiques, pas sur une expropriation automatique.

La confusion a aussi été alimentée par des contenus viraux. Une vidéo publiée en avril 2022 a notamment circulé massivement : l’AFP a relevé qu’un contenu lié à cette rumeur avait été partagé 13.000 fois sur Facebook et 3.700 fois sur Twitter autour des 19/04/2022 et 20/04/2022. Cette viralité explique pourquoi le sujet réapparaît régulièrement sous une forme alarmiste.

Le mécanisme terrain-bâti expliqué simplement

Dans une propriété immobilière classique, l’acheteur acquiert à la fois le logement et le terrain. Dans un modèle dissocié, il devient propriétaire du bâti, mais pas du sol. Le sol est mis à disposition via un bail de longue durée, parfois évoqué jusqu’à 99 ans, selon les mécanismes concernés.

Ce que paie l’acheteur

L’acheteur paie le prix du logement, mais pas la pleine valeur du terrain. En contrepartie, il verse une redevance pour l’usage du foncier. L’intérêt économique est direct : réduire le coût d’entrée dans la propriété. Certaines présentations évoquent une baisse possible du prix du logement de 30 à 50 %, voire jusqu’à 50 %, lorsque le foncier pèse très lourd dans l’opération.

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Ce gain apparent doit toutefois être lu avec prudence. Un achat moins cher ne signifie pas un coût nul du terrain : la redevance foncière s’ajoute aux charges du ménage. Pour comparer correctement, il faut regarder le prix d’achat, la mensualité de crédit, la redevance, les conditions de revente et la durée du bail.

Le rôle des organismes fonciers

Le foncier serait porté par des organismes spécialisés, souvent en lien avec les collectivités. L’idée est d’empêcher que le terrain soit revendu au prix fort à chaque mutation, afin de limiter la spéculation et de préserver l’accessibilité des logements dans le temps.

Pour l’acquéreur, cela change la manière de penser son achat. Il ne s’agit plus seulement de savoir combien emprunter aujourd’hui, mais aussi de comprendre quelle part du logement est stable, transmissible et revendable, et quelle part reste liée à l’usage du sol. Cette distinction est importante, car un logement dissocié n’obéit pas à la même logique patrimoniale qu’un bien acheté en pleine propriété.

Quels effets possibles pour propriétaires, acheteurs et collectivités ?

La proposition Lagleize vise surtout les territoires où le prix du foncier bloque l’accès au logement : grandes métropoles, communes attractives, zones proches des transports ou secteurs en forte tension. Elle ne répond pas aux mêmes enjeux dans une commune rurale où le terrain reste abordable.

Pour les futurs acquéreurs

Le principal avantage serait de rendre l’achat possible plus tôt ou avec un budget plus limité. Un ménage qui ne peut pas acheter un appartement en pleine propriété classique pourrait accéder à un logement en ne finançant que le bâti. Cela peut être décisif dans des villes où le foncier tire les prix vers le haut.

Mais l’acheteur doit accepter une propriété moins intuitive. Il possède le logement, mais son droit sur le sol dépend d’un bail. Avant de s’engager dans un dispositif de ce type, il faut examiner les règles de revente, les possibilités de transmission, le montant de la redevance et les obligations prévues par le contrat.

Pour les propriétaires actuels

Les propriétaires qui détiennent déjà leur maison ou leur appartement avec le terrain ne sont pas automatiquement concernés. La proposition Lagleize n’a pas créé de basculement généralisé qui transformerait leur propriété en simple droit d’usage. C’est l’une des principales infox à écarter.

En revanche, à long terme, le développement de modèles dissociés pourrait influencer certains marchés locaux. Dans des opérations neuves ou encadrées par des collectivités, une offre moins chère pourrait coexister avec la pleine propriété classique. Les deux modèles ne répondraient pas au même public ni à la même stratégie patrimoniale.

Pour les collectivités

Les collectivités pourraient y voir un outil de politique du logement. En maîtrisant le foncier, elles peuvent favoriser l’accession abordable, éviter une envolée spéculative et orienter la construction vers des secteurs déjà desservis. Ce point rejoint les enjeux de planification urbaine, notamment les PLU, les SCOT et l’objectif de zéro artificialisation nette, souvent résumé par le sigle ZAN.

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Lagleize, BRS, OFS : ne pas tout mélanger

La confusion vient souvent du fait que plusieurs notions proches circulent en même temps. Le bail réel solidaire existe déjà, alors que la proposition Lagleize n’est pas une réforme générale en vigueur. Les organismes fonciers solidaires, eux, sont des acteurs pouvant porter le terrain dans certains dispositifs.

Notion Ce que cela signifie Point à retenir
Proposition Lagleize Texte visant à favoriser la dissociation entre foncier et bâti Adoptée en première lecture en 2019, mais pas appliquée comme loi générale
Bail réel solidaire Dispositif permettant d’acheter le logement sans acheter le terrain Déjà utilisé sous conditions, notamment pour l’accession sociale
OFS Organisme foncier solidaire qui conserve la propriété du terrain Il encadre le foncier et limite la spéculation dans la durée
Propriété classique Achat du logement et du terrain ensemble Modèle le plus connu, mais souvent plus coûteux en zone tendue

Pour vérifier une information sur la loi Lagleize, le bon réflexe est donc de poser trois questions : parle-t-on d’une proposition de loi ou d’un dispositif déjà applicable ? Le texte concerne-t-il une opération volontaire ou une obligation générale ? Le terrain est-il porté par un organisme identifié, avec un bail et des règles précises ?

En résumé, la loi Lagleize 2025 n’a pas supprimé la pleine propriété immobilière. Elle désigne surtout un débat sur la manière de rendre le logement plus accessible en maîtrisant le prix du foncier. Le sujet est technique, mais l’enjeu est très concret : savoir si l’on achète seulement des murs, ou si l’on achète aussi la rareté du terrain qui se trouve dessous.

Anaëlle Guerlac
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